RDC: Démocratie et corruption du pouvoir, deux pièces d’une même médaille

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Tribune de Gaethan KOMBI/ Politologue et analyste politique

Dans un atelier sur la corruption, je me rappelle toujours de l’inquiétude que j’avais soulevée sur le l’effet d’entraînement que la démocratie pouvait avoir sur la corruption. N’étant pas de même obédience que ces analystes politiques simplistes qui ne voient la raison de l’échec politique que par le manque de volonté ou de compétences des acteurs, mais plutôt de ceux là qui épousent le postulat rousseauiste selon lequel, « les hommes naissent et sont bons par nature mais c’est l’environnement qui les corrompt ». J’ai alors mis l’accent sur le fait que la corruption du pouvoir est devenue inhérente même au régime démocratique que nous expérimentons dans notre pays.

Comment donc combattre un phénomène que nous nourissons, matûrons et entraînons même dans notre régime politique? Je continue personnellement de penser que la corruption du pouvoir n’est pas qu’un dérive de la démocratie, mais plutôt l’un des piliers dissimulés dans les mensonges que camouflent hypocritement ce régime d’origine grec.

Ne sachant pas comment définir exactement ni mesurer objectivement la démocratie, car les indices d’appréciation étant eux mêmes volatiles et relatifs, les thuriferaires de ce système politique, qui résonne plus comme une chimère qu’une réalité, passent leurs temps à se plaindre de la non effectivité de ce leurre et ce, même dans des pays dits des grandes démocraties. Plusieurs indicateurs tangibles m’amènent à croire que, à l’instar de Johann Wolfgang Von Goethe via sa fameuse phrase « De tous les grands peuples ce sont les Grecs qui ont rêvé le plus beau rêve de la vie« , la démocratie est plus un rêve qu’une expérience. Loin de là, cette réflexion n’essaie pas de faire l’exhumation des réalités perverses de la démocratie enfouies dans sa bonne presse. Elle cherche plutôt à établir le lien de causalité qu’il peut y avoir entre ce système politique et l’un des plus grands fléaux au développement qu’est la corruption du pouvoir.

La réalité est telle que pour qu’il y ait corruption, plusieurs facteurs rentrent en compte; Pauvreté, manque d’éthique… La motivation de cette réflexion c’est le fait même que l’ignorance plane autour de l’impact du système politique face à ce défi. La démocratie est à la fois le point de départ et l’instrument d’exacerbation de la corruption du pouvoir. Elle en pose les jalons et en balise même la voie.

Corruption dans l’accès aux pouvoirs politiques : Élections

Je reste persuadé, tout comme d’ailleurs Alain Etchegoyen que, dans la logique de la corruption, c’est « le corrompu qui engendre le corrupteur » car l’offreur n’imagine pas en amont qu’il y a un demandeur de ses services. Il faut que celui qui en éprouve le besoin se manifeste pour que l’entreprise puisse tenir. Et donc, qu’on me dise que, d’ailleurs c’est ce qui est d’avis universel, la corruption c’est le concours du corrupteur et du corrompu, c’est à dire de l’acheteur de la conscience et de son revendeur, je n’en disconviens guère, mais je punnirais doublement le corrompu que le corrupteur. Après tout, dans notre culture africaine, il est des faits de corruption obligés (au demandeur des services) qui à mon avis, devrait au moins innocenter ce dernier ou minimiser son intérêt pour l’accomplissement de l’acte.

Observons alors cette corruption dans un cadre purement du pouvoir politique. Sachant que le fondement monderne du pouvoir, n’est ni l’hérédité ou la succession comme à l’époque, mais bien les élections. C’est d’ailleurs la voie emblématique pour accéder aux postes « politiques« . Les compétiteurs doivent ainsi cravacher pour arriver à cette fin. Après tout, Machiavel ne dira pas le contraire, « Toutes les voies sont bonnes pour accéder au pouvoir« .

Faire flèche de tout bois, nonobstant l’immoralité qui peut en découler, les politiques sont prêts à le faire. Du coup, la corruption devient la piste la plus plausible pour y arriver. Cette corruption s’étale sur plusieurs stades selon qu’il s’agit des étapes d’une élection.

Primo: La campagne électorale n’est qu’un spectacle creux de démagogie et des vaines promesses. Comme si ça ne suffisait pas, les candidats qui veulent maximiser leurs chances, s’alivrent à des distributions des kits, d’argent, des vivres à leurs potentiels électeurs pour en influencer ou raffermir les choix. Des ventres creux n’ayant point d’oreilles, ces peuples sans âme n’ont qu’à applaudir et troquer leurs bulletins aux plus offrants. « Siwezi voter mutu mwenye Siku kula hata dix francs yake » – « Je ne peux pas voter pour celui qui ne m’a jamais rien rien donné » entendais-je de la bouche d’un « Étudiant » d’université à Bukavu lors des élections de 2018.

Secundo : La corruption est précieuse mais cuirassée d’incertitudes quand elle est faites sur les électeurs (Une foule dont on sait généralement pas circonscrire ni résonner les tendances finales). Pour mettre toutes les chances de son côté, un candidat décidé réserve une bonne part également pour les membres de la centrale électorale. Tant mieux parce que la plupart sont là pour ça. Ils n’attendent que ces jours de gloire pour s’en mettre plein les poches. Les candidats (corrupteurs) savent justement par quel canal passer et plus encore combien, quand et comment verser leurs « dessous-de-table« 

Tertio : La chaîne de corruption électorale se poursuit miraculeusement jusque même à la cour. Censée traiter les contentieux électoraux, les juges, du moins pour la plupart, mettent de côté toute idée de droit en lieu et place du marchandage de la raison. Ils valident qui offrent plus et invalident qui n’a rien à offrir. Les spectacles de validation-invalidation-revalidation dans une discontinuité effrayante s’invite à la fête.

Ce triangle infernal de corruption du pouvoir synthétise laconiquement la pensée de Alain Etchegoyen qui, dans son fameux livre « La démocratie malade du mensonge » avait clairement démontré, à travers la théorie de l’échelle de la corruption, que la démocratie, via les élections, est la première promotrice de la corruption étant donné que, comme sur une échelle, les élus d’hier, désavoués socialement par leurs électeurs, après avoir amassé et bondé leurs diplomates d’argents pendant leurs mandats, descendent vers les peuples lors des prochaines élections, achètent leurs consciences avec le même argent (de corruption) pour encore remonter au pouvoir et ce, jusqu’à… Ce cercle vicieux ne peut être trouvable malheureusement qu’en démocratie.

Corruption dans l’exercice du pouvoir : Navette parlementaire

L’autre séquence spectaculaire de la corruption du pouvoir est l’étape du vote d’un texte, d’une loi. N’est-ce pas que la phrase « Pour que cette loi passe, j’imagine ce que le président a donné aux députés » se murmure ?

Sans tord parce que les arguments probants de la véracité de cette hypothèse sont légion. Cet achat des consciences des élus du peuple est réel et il serait dû, en tout cas à notre avis, au fait que nos politiques n’ont presque pas de conviction, d’idéologie, d’éthique. Le seul esprit qui anime nos partis politiques, pourtant censé être les écoles de la démocratie, c’est la quête du pouvoir, des postes dans l’administration, des bourses d’études… Pas d’idéologies, pas de conviction, pas de valeur et donc, pas d’hommes et des femmes d’État.

N’est ce pas honteux quand un élu du peuple réclame sa jeep au Président de la République pour avoir voté (Avec ou contre son gré) la défiance contre un chef du gouvernement ? Serions-nous en présence du même scénario si le système démocratique ne prônait pas les navettes parlementaires aux goûts d’arrangements politiques?

Le démocratie est un système politique agréable à entendre raconter, fascinant à imaginer la consécration. Mais avant tout, c’est un idéal dont la poursuite est parsemée des contradictions stériles, des débats creux et embûches de tout genre. Tout fait compte, la démocratie reste le système politique le moins recommandable pour les pays en voix de développement qui accusent un taux élevé d’analphabétisme, une faible éducation civique et politique, le tout émailloté dans un sous-développement économique alarmant.

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