Tribune : Le militant du journalisme mieux que le journaliste militant ? “notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie.”(Albert Londres)

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-Par Rossy Muhemedi

Le domaine de la presse voit ses frontières bannies, les évolutions technologiques et les variétés de pratiques de consommation font naître des nouveaux outils de communication. S’il est assez largement reconnu que l’information relève de la catégorie des biens collectifs qu’il convient de diffuser, le journaliste travaille au nom de l’intérêt public et il est soumis au code d’éthique et de déontologie qui retrace ses droits et devoirs.

Au niveau de la RDC, il apparaît que la porosité du secteur médiatique conduit au fil du temps à une instabilité qui nécessite des nouvelles régulations pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain. L’environnement des entreprises de presse a profondément évolué.

La presse congolaise ayant raté son décollage et coincée par les opérateurs sociopolitiques, la façon de relater de fait en tant que journaliste, n’est pas la même que celle d’être militant. Les désordres sont légions dans le chef du journaliste qui manque sa démarcation. La méfiance s’accentue donc entre les médias et la population. Les journalistes se constituent en un groupe de profiteurs et d’arnaqueurs servant leurs intérêts et ceux de leurs patrons au détriment de leur patron naturel (la population).

Les conditions dans lesquelles évoluent les journalistes congolais constituent un grand frein pour un rendement satisfaisant auprès de son traditionnel chef. La plupart de médias enrôlent un personnel sans réunir tous les contours préalables à la création et au fonctionnement d’une entreprise de presse. Son personnel souvent mal choisi, le chômage déguisé au pays fait son grand mal dans le métier éclaireur d’un pays ravagé par de multiples crises et où nous assistons à la création des chaînes partisanes, un grand danger!

Des micros placés pour une conférence de presse. Ph. Tiers

Si la RDC a gagné en quantité avec le pluralisme médiatique, la qualité de la presse ressemble à une tragédie”, reconnait le patron de la presse congolaise, Gaby Kuba, lors de la célébration du cinquantenaire de l’Union Nationale de la Presse du Congo en mars dernier.
Avec pas moins de 70 chaînes de télévision, 300 radios et 200 titres de journaux. La question de la qualité du chevalier de la plume reste un défi majeur dans l’assainissement de ce secteur. La réponse c’est peut-être qu’il faudra remonter dans le passé et soigner cette hémorragie à partir de là: Redéfinir la loi qui régit le métier du journalisme en RDC. La loi n°96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de presse.

Par professionnel de la presse, il faut entendre toute personne oeuvrant au sein des catégories de métier et se voulant d’une manière régulière à la collecte, au traitement, à la production, à la diffusion de l’information et des programmes à travers un organe de presse et qui tire l’essentiel de ses revenus de cette profession.”

Le contexte de l’époque répondait soit à cette façon de voir de l’État Zaïrois, où à tout prix, il faut rendre la parole libre au lendemain de la dictature qui caractérisait le pouvoir du Président Mobutu et qui tente de démocratiser le pays dans une impréparation faute de garde-fou capable de protéger un milieu aussi très sensible que celui du journalisme. Actuellement, certains femmes et hommes se battent pour obtenir la révision de cette loi caractérisée de non adaptée par beaucoup d’universitaires au sein du parlement congolais.

Peut-on être journaliste et militant ?

D’un point de vue déontologique, rien oblige au journaliste d’être totalement neutre tant qu’il arrive à remplir ses obligations. Pour revenir aux fondamentaux, “ je ne peux pas dire que je suis journaliste, je suis rapporteur de fait”, se veut pour sa part Albert Londres. Ceci pour rester dans les limites de celles ou ceux qui se disent être des yeux du peuple. Le grand fossé avec les journalistes congolais c’est que quand ils se disent soutenir une personnalité quelconque, ils ramassent tout et quittent souvent l’objectivité jusqu’à s’installer dans le subjectif de cet individu. D’où les scènes du genre un camp se bat contre un tel autre camp, et cette bataille frivole se met à côté des valeurs portées par l’UNPC.
Dans un communiqué, la structure s’est dite “ préoccupée par la montée vertigineuse de l’activisme politique dans la presse depuis un temps
On peut être journaliste et faire des piges dans des médias avec des orientations politiques bien distinctes, les unes des autres. On ne peut pas faire deux choses à la fois. Un journaliste doit avoir une honnêteté et une loyauté totale, si on se décide d’être militant, il est bon de le revendiquer. On doit assumer d’être journaliste et militant. Être militant de l’information plus précisément de l’information de la bonne qualité, une pierre de plus à l’édifice de l’Union nationale de presse du Congo. La célébrité doit rimer avec l’excellence.

Le micro doit être utilisé pour contrer les conflits ou la haine. Les médias et ses animateurs doivent permettre à la consolidation de l’unité nationale et non le contraire.

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