RDC: KABUND, du « fatshisme » intransigeant à « l’antifatshisme » radical: l’ère de la revanche ou nouveau contre-pied? (Tribune)

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Ça sentait la revanche. Le divorce est officiellement consommé. Jean Marc Kabund quitte le navire fatshiste.

Tribune de Gaethan KOMBI

Les violons ne s’accordant plus avec le clan de Félix Tshisekedi et ce, depuis son éviction de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social depuis le 29 Janvier dernier, par la Convention Démocratique du Parti, parti politique sous le label duquel il a été porté à la vice-présidence de l’Assemblée Nationale après la recomposition de la majorité parlementaire dont il a été lui même l’un des pionniers.

« Il a pris sa revanche« 

« En politique, quand les intérêts sont bousculés, il faut faire flèche de tout bois pour racheter son repositionnement. » Tout politologue de formation, est familier de cette acception à la recette machiavélique.

Jean Marc Kabund a choisi un bon début de semaine, en pleine période de volatilité sécuritaire au pays pour mettre à nu et exhumer l’étendue de toute sa désobligeance ou mieux, sa défiance envers Félix Tshisekedi, l’homme pour qui, il y a peu, il était prêt à vendre son âme aux diables.

Sans aller par le dos de la cuillère, l’ancien président intérimaire de l’UDPS affirme, sans ambiguïté ni réticence que « c’est fini, il n’y a plus rien à espérer avec le président Tshisekedi et l’UDPS qui ont échoué. Le pouvoir en place est incapable. Je demande au peuple de se mobiliser pour chasser Félix Tshisekedi du pouvoir« .
Une déclaration forte qui, il y a quelques mois aurait été toute contrastée. Il est clair que c’est désormais en antipode du chef de l’État que l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale va continuer de se mouvoir politiquement.

Si, selon certaines indiscrétions, notamment venant des proches même de l’UDPS, les raisons liées à l’intransigeante posture de « Super Homme« , « Intouchable« , « Infaillible » et surtout, « Irréfragable » par ses camarades de parti aurait été à la base de sa chute, il n’en est pas moindre du bon vouloir du Président Felix Tshisekedi.
D’un chouchou, un protégé à un mal aimé, le patron de la cité de l’Union Africaine aurait bien, si pas consenti à la demission de son ancien bras droit, ordonner lui-même son éviction.

N’avait-il donc pas tort, ce cadre du parti qui avait affirmé que «le président était déçu du comportement de beaucoup de ses proches collaborateurs. Félix Tshisekedi attend des dirigeants actuels du parti une meilleure organisation eu égard des échéances à venir. Il n’est pas exclu que les têtes tombent et que la hiérarchie du parti soit changée rapidement ».

La thèse de l’attaque personnelle de Kabund sur le président Tshisekedi, allant même jusqu’à l’empoisonnement de ce dernier a également circulé dans les dires de plusieurs parlementaires debout. Il fallait donc briser la glace du silence pour l’honorable Jean Marc Kabund, et une chose est sûre, il n’y a pas de fumée sans feu.

« Innocent ou dindon de la farce? »

Dans l’une de nos anciennes tribunes, nous avions bien circonscrit la portée stratégique de l’affaire « RAM » sur les échéances électorales à venir et l’avenir des différents candidats. Nous estimions que « le RAM avait au moins sa raison d’exister car, autant il est rechigné par le peuple congolais dans sa quasi-totalité, autant il constituera l’une des principales, si pas la principale marchandise électorale à présenter ou à ne pas présenter devant l’électorat, selon qu’il s’agira de ceux qui ont ou non soutenu cette vaste mise en scène« .

Par le fait de la récupération politique ou de l’auto-sanctification, Jean Marc Kabund se mue en innocent dans cette histoire pour enfoncer sa cible. « Je n’en voulais pas moi » , peut-on retenir de ses propos. « Je ne savais même pas la définition de RAM. Nous sommes allés voir le Chef de l’Etat pour discuter de la question RAM. J’ai dit clairement à Mr Tshisekedi qu’il fallait à l’instant arrêter avec cette histoire de RAM« .

Aurait-il demandé au PR d’arrêter l’histoire de la taxe RAM pendant qu’il n’en savait rien?. À première vue, ça paraît saugrenu.

Dynamisme politique ou stratégie fasthiste?

Parmi les stratégies électoralistes efficaces, la création des partis politiques « satellites » est l’une des techniques les plus prisées dans les pays sous-développés. Alors que les interrogations sur le réel divorce entre Jean Marc Kabund et Félix Tshisekedi se font, notre regard analytique se focalise sur le timing du « coming out politique » de Kabund a Kabund.

Une chose est sûre, le timing est calculé. Soit, choisi au bon moment où le pays traverse un épisode sécuritaire compliqué et où la légitimité du régime en place s’effiloche davantage ou carrément choisi en fonction des échéances électorales en ligne de mire.

L’on assiste actuellement à une « tripolarisation » de la scène politique congolaise. Trois grands blocs se constituent dont la grande Union Sacrée de la Nation incarnée par le Président de la République en exercice, le nouveau rapprochement Katangais menée par Joseph Kabila, le président sortant et Moïse Katumbi ainsi que la coalition LAMUKA pilotée par le « président élu » Martin Fayulu et son acolyte de toujours Adolphe Muzito.
Et si le nouveau parti créé par Jean Marc Kabund, dont l’engagement est plutôt clair, « En 2023, nous n’allons accompagner personne. Nous allons nous battre pour la conquête du pouvoir à tous les niveaux » avait plutôt comme mission latente « le brouillage de l’agenda électoral tout dessiné ? ».

Quoiqu’on dise, ce nouvel impondérable vient tel un élément perturbateur dans un paysage politique congolais, pour l’instant acquis en majorité à l’Union sacrée mais dans lequel les alliances se font, se défont et se refont quotidiennement.

L’avenir de la marmite politique congolaise est sans nul doute plus juteux qu’il faudra ne pas se passer des moindres gouttes qui s’y verseront.

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