Conflits Russo-Ukrainien : Poutine et un guet-apens qui guette

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Tribune de Gaethan KOMBI/ Politologue, Gestiologue et Analyste politique

Le plus dur dans une guerre c’est de la terminer chantait le rappeur franco-algérien Medine dans son très dérangeant « Alger pleure ». Il faisait sans doute allusion au très célèbre dicton de Nicolas Machiavel selon lequel, « On peut commencer la guerre quand on veut, mais on la finit pas »

Même ceux qui détiennent les yeux d’aigle et la finesse analytique n’ont pas vu durer autant la guerre entre Russes et Ukrainiens. C’était, au vu d’aucuns une proie à priori facile pour Vladimir Poutine dont l’envie d’en finir sur un claquement de doigts était visible de par la mise en branle des ressources humaines et matérielles. Mais comme qui dirait, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, la conquête vorace du Kremlin peine à se concrétiser plus de 7 mois plus tard.

En toute modestie, j’avoue que j’étais parmi ceux qui n’ont vu venir cette résistance spectaculaire ukrainienne. Toutefois, j’ai calculé depuis le début l’attitude américaine. Je savais, et d’ailleurs j’en avais fait une tribune, que les États Unis n’allaient pas entrer ouvertement en guerre contre la Russie. Nombreux se souviendront de quatre postulats que j’avais accouchés pour justifier le caractère inopportun de l’invasion Russe pour les États-Unis.

Tout d’abord, politiquement, les États Unis venaient de subir un camouflet historique en Afghanistan. Leurs politiques extérieures étaient encore convalescentes de ce choc qui, mine de rien, venait de mettre à nu la déliquescence de l’aspect hégémonique des États-Unis sur le reste du monde.

Économiquement, le pays de Joe Biden n’était pas prêt à investir généreusement dans une guerre dont personne ne pouvait calculer l’étendue ni la durée. La guerre est, économiquement usante. Pour un pays qui ne s’était pas encore remis totalement de la crise du Covid, c’était quasiment inimaginable de le voir investir ses ressources dans une guerre contre son plus puissant rival.

Stratégiquement, les États-Unis ne pouvaient pas non plus se taper le luxe d’entrer en guerre. Et ça, Vladimir Poutine le savait très bien. Washington était persuadé que presque tous ses alliés naturels et historiques étaient soit; mal en point, soit tourné vers d’autres priorités internes. Le Royaume-Uni par exemple avec la très glissante question de Brexit, l’Allemagne venait également de sortir à peine d’une transition après le départ de Angela Merkel et l’entrée de Olaf Scholz. Cette période est d’autant plus difficile parce que les institutions sont encore fragiles.

Que dire de la France qui, depuis quelques années maintenant voit s’effilocher graduellement son emprise sur ses anciennes colonies. l’Afrique en est l’exemple parfait. L’hexagone connait une crise des affaires étrangères sans précédent. Contestée presque partout où elle avait érigé, diplomatiqment des bases solides, la France n’est plus différente d’un ancien colon en culotte, devenu partenaire de développement et dont les indigènes constatent l’impuissance et décident de mettre à la porte.

Tout compte fait, les ingrédients n’étaient pas tous réunis pour que les américains s’engage, directement, sans Etats interposés dans la guerre contre la Russie, sachant que la Chine, dans ce cas de figure, ne pouvait que pencher du côté de son alter-ego russe. La réunion de ce deux, « La Chine c’est l’argent, la Russie c’est le biceps » comme disait un opposant congolais, face à des américains calculateurs et sans alliés forts ou impliqués, ne pouvait que pencher en faveur du tandem Poutine – Xi Jinping

Une approche alternative a été alors mise en vogue par les Etats Unis. Celle de « la passivité hypocrite et de l’activité ventriloque ». Washington fait, d’une part semblant de ne se limiter qu’aux accusations de la Russie, et d’autre part, il arme davantage l’Ukraine. Cela peut paraître, du moins prelogiquement comme une appréhension américaine face à la menace nucléaire russe toujours aussi effrayante, mais nous, dans notre esprit analytique y voyons plutôt une stratégie cohérente mûrement réfléchie.

Point besoin de rappeler que les États Unis sont ce qu’ils sont aujourd’hui (pays puissant du monde) parce qu’ils n’ont investi que dalle dans les deux guerres mondiales. Dans leur coin, ils ont vu les pays s’entrechoquer comme sur un jeu de billard et s’épuiser chacun dans des guerres longues et populaires. Nombreux Etats y ont laissé leurs économies. Par conséquent, il ne fallait tendre la main aux malins Américains qui faisaient leur économie.

Qui sait, cette approche familière à Washington est peut-être une nouvelle fois de plus expérimentée. La Russie est désormais piégée, les USA et alliés, via la résistance Ukrainienne imposent à Vladimir Poutine une guerre longue quitte à user le kremlin économiquement et en ressources militaires. Le choix ou le « plan B » de la résistance permet à l’OTAN non seulement de soumettre la Russie à l’usure mais aussi à parfaire d’autres stratégies douces et très efficaces. La guerre de l’information par exemple, la campagne de diabolisation, de déshumanisation de l’action Russe en Ukraine en sont les parfaites illustrations.

À cette approche occidentale se heurte l’opiniâtreté impressionnante de Vladimir Poutine. Pas question pour l’ogre du kremlin de rebrousser chemin, il envisage d’ailleurs d’envoyer encore plus des troupes en Ukraine et ce, en dépit du fait que les médias pro-occident relayent les informations faisant état d’un découragement de l’armée russe. La force d’un autocrate, ça reste son intransigeance, sa rigidité, sa fidélité. Après tout, « Les autocrates pensent ce qu’ils disent et font ce qu’ils disent. Ils sont convaincus de ce qu’ils pensent et disent » écrit Alain Frachon dans « Un autre monde-Lère des dictateurs ».

À qui profite l’usure, la ruisse de la Russie dans la guerre en Ukraine si ce n’est aux États Unis ? Quand le régime Poutine aura tout ou presque mis dans cette guerre qu’il aura du mal à gagner, quand il aura ruiné tout le pays et que sa population se persuadera que son pays est au bord du précipice, elle se soulèvera, bottera en touche Vladimir et se tournera vers un nouveau Gorbatchev plutôt qu’une version évoluée de Staline. Voilà en peu de mots, à notre avis, le piège dans lequel fonce Vladimir Poutine dans cette guerre. Dommage pour l’Ukraine qui, au lieu de préoccuper les USA comme pays à sauver de la guerre, est plutôt vue aux yeux de Washington comme le cadre idéal de la fin du régime Poutine.

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