« La guerre a échoué »: le livre de Micheline Mwendike aux souvenirs poignants de guerres jusqu’à la naissance de la LUCHA.

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Le 30 juillet dernier, Micheline Mwendike Kamate, a présenté au public congolais la première œuvre, d’une série de plusieurs œuvres, de sa plume. « La guerre a échoué » est une chronique de l’histoire de Goma entre 1985 et 2012 qui retrace les guerres à répétition à l’Est de la RDC dans une réflexion autobiographique à la naissance de la LUCHA. De ses motivations à sa rencontre avec Joseph Kabila en passant par ses perceptions de politiques congolais, discussion avec la tête à la base du plus grand mouvement citoyen congolais.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre et pourquoi le titre : « la guerre a échoué » ?

J’ai écrit ce livre parce que j’avais le devoir de raconter une lutte que j’avais le privilège d’initier. En la racontant, j’avais compris que je n’étais pas devenue militante en 2012. J’avais une histoire qui m’avait porté à la rage, à la revendication. Cette histoire m’avait fait de choix, la non-violence par exemple, au leadership horizontal et beaucoup d’autres valeurs qui se trouvent dans la LUCHA. Ce titre parce que moi, je suis un enfant de la guerre. Je suis née à l’Est du Congo et il y a la guerre depuis ma naissance. D’une certaine manière, j’ai vécu les guerres depuis 1992 et ces guerres m’ont appris beaucoup de choses. Elles n’ont pas reçu à me donner un futur, l’espoir et j’ai pensé que c’était important que je le dise : quelqu’un qui aime ce pays ne devra pas faire la guerre.

Dans le livre, votre famille est au centre de tous les évènements racontés. Votre père, un ancien militaire, vous a un jour dit : « Il n’y a jamais eu une arme faite pour sauver une vie. Toutes les armes tuent. Alors, fais attention ». Qu’est-ce que cette phrase représente actuellement pour vous ?

Beaucoup. Cette phrase représente tous les combats qu’il y a dans la production d’armes. Par exemple pour les guerres qu’il y a au Congo, il n’y a aucune arme qui est fabriquée au Congo. Toutes viennent de l’étranger. Il n’y a aucune arme qui est fabriquée pour nous sauver, toutes sont fabriquées pour nous tuer.

Dans ce livre, vous racontez avec exactitude vos souvenirs de guerre étant enfant. Qu’est-ce qui vous a permis de garder à l’esprit toutes ces histoires ?

C’est mystérieux. On commence parfois avec quelque chose d’actuel, de présent et puis progressivement cette présence, elle retourne, elle rend tout tellement claire, tellement fluide. Ce que j’ai changé, ce sont les noms de gens. Ce qui m’a aidé, c’est l’attente, la patience et surtout les contacts avec les gens avec lesquels on a vécu. Il y a aussi de choses que je n’ai pas écrits. Par exemple, les chansons d’enfance…(rire). Je pense que plusieurs personnes peuvent faire cette expérience, ça demande juste un minimum de concentration. Par contre, le quotidien de l’écriture de ce livre était très lourd. J’en profite pour remercier ma famille parce que, à certain moment, j’avais une espèce de frénésie. L’écriture m’a pris toute une année et j’écrivais de 9h à 14h.

Quand vous invoquez la naissance du MIC (Mouvement Intellectuel pour le Changement), vous faisiez allusion au second degré que les femmes jouent dans la société congolaise comparativement aux hommes. Pourquoi n’avez-vous pas été découragée par ces pratiques ?

Le rôle de la femme c’est comme un consensus social. Quand on cherche un président, on sait qu’il y aura un président du sexe masculin et pour le poste à la caisse, on sait qu’il y aura une femme. Ce n’est pas qu’on va commencer à discuter de midi à quatorze heure. De ma part, c’étaient mes premières expériences. J’apprenais. Je ne me sentais pas mal alaise car ont été aussi copains avec tous ces hommes.  Cela allait au-delà de postes qu’on occupait. Ce qui nous liait était plus fort que ce que la société nous imposait.

De votre rencontre avec Joseph Kabila à celle de Lemay Gbowee, la Prix Nobel de la paix, en quoi ces deux rencontres vous ont inspiré ?

L’auto abolition qu’il y avait quand on avait rencontré Joseph Kabila. C’était que nous tous on devrait s’annuler, que tout le monde qui était là était nul. Il n’y avait que lui qui existait. On parlait que de Kabila. Et moi, cette propagande m’avait beaucoup choqué au fait, de vivre la rencontre avec le président, en se courbant. Il n’y avait pas d’égalité. Avec Lemay, c’était diffèrent. Je l’avais posé beaucoup de questions sur son film. Avec elle, j’avais reconnu une contribution pour le changement assez pragmatique.

Je m’étais rendu compte que chez nous on avait une manière de lutter qui était basée sur la programmation, le financement…mais pour elle, c’était l’action et les femmes libériennes sont arrivées à porter Helen Johnson à la tête de leur pays. Son histoire m’a vraiment inspirée jusqu’au point que j’ai travaillé sur elle pour ma thèse de Master. Imaginez qu’elle n’était pas encore Prix Nobel de la paix à cette époque. On avait vraiment parlé de femme à femme.

« Les élections ne pouvaient pas servir de tremplin au développement si le pouvoir n’avait pas changé les manières violentes de traiter ses citoyens ». A l’approche des élections de l’an prochain, cette phrase de votre livre garde tout son sens actuellement ?

Dans la dynamique institutionnelle, du pouvoir, quel est la priorité ? C’est de connaitre le chef ou de résoudre le problème de la communauté ? Les élections à mon sens, en tout cas dans notre contexte, on met le problème au second rang et on cherche le chef. On est arrivé au point qu’on demande seulement le changement du chef parce que tout le monde veut s’éterniser au pouvoir. Nous la population, on demande au souverain de choses assez concrètes, pas de discours, de mettre la première pierre d’un bâtiment qui ne finira jamais.

Lorsque vous étiez étudiante ; un garçon vous a rapproché pour la création du MIC, était-il Luc Nkulula ?

Non. Ce n’était pas lui. Luc était venu dans le mouvement après qu’il soit né (le mouvement). On avait fait la première action et Luc n’était pas là. Il venu juste après. Je me souviens encore comme hier de notre rencontre avec Luc. Il était venu à l’Université de Goma avec un petit enfant et puis, il avait posé beaucoup de questions sur le mouvement.

De ma part, j’avais la présomption sur les gens qui posent trop de questions. Ils embrouillent la situation gratuitement. Il a par la suite décidé de nous rejoindre. On a organisé après une action et moi j’ai été emprisonnée. On cherchait de militants un peu partout dans la ville pour les emprisonner…à un moment, Luc s’est amené lui seul pour être emprisonné. On a été donc incarcéré ensemble et il est devenu un grand militant que nous avons tous connus.

C’est au sortir d’une conférence entre femmes, vous étant trop fâchée de leur attitude, que vous partez organisée une autre rencontre qui fera naitre la LUCHA. Parlez-nous de cette initiative à la naissance du premier mouvement citoyen congolais ?

Depuis longtemps, si vous aviez bien lu les rencontres dans le livre, je cherchais qu’est-ce qu’il faut faire ? cela m’a poussé à interroger les gens. J’avais déjà analysé le contexte de la dynamique qui existait et cette dynamique me donnait un tableau stable, chaque personne devrait faire son travail. Il fallait alors quelque chose qui va plus bousculer mais je ne savais pas quoi. C’est de là est venu la naissance de la LUCHA.

« …à Goma, la guerre a échoué toujours. Elle ne porte que la désolation sans répondre aux revendications », quelle solution suggérez-vous à tous ces maux que Goma traverse au quotidien ?

Il faut toujours revendiquer mais il faut travailler sur une autre stratégie. La violence a échoué. Un peuple qui ne dit pas ce qu’il veut n’aura toujours rien.

Après ce premier livre, on espère connaitre la suite…

Après, il y aura un autre livre qui parlera uniquement de la LUCHA, de ma lutte comme je la vivais. Cette année, on a fêté la dixième année de la LUCHA et ce prochain livre, que j’ai déjà écrit d’ailleurs, portera sur ça.

Cela fait dix ans que vous étiez à la tête de création de la LUCHA, après cette décennie, comment évaluez-vous votre combat ?

C’est une grande question. On ne saura pas la répondre en peu de mots mais, moi je pense que la première chose, on a su exister pendant dix ans. Il y a beaucoup de dynamismes qui naissent et qui meurent. Nous on a construit une identité pendant dix ans. On a eu de victoires, on a eu des échecs et oui, il y a maintenant toute une opinion LUCHA dans tout le pays. Je pense que c’est la plus grande victoire que nous avons eue et cette victoire est assise sur les sacrifices de jeunes qui ne sont payés, qui travaillent, qui réfléchissent, qui écrivent, qui manifestent, qui se mobilisent et qui mobilisent.

À Goma, il y a maintenant de routes par rapport à 2012. On avait fait une campagne sur l’accès à l’eau. Et maintenant il y assez de routes à Goma qu’un peu partout en RDC, je crois, qu’en grande partie, c’est grâce à nos revendications. On a aussi perdu. On a perdu Luc, on a perdu Ushindi, on a perdu Obadi…

David Kasi

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