Assises de LUANDA/RDC Vs RWANDA: le dessous de la table (tribune)

0
233

Une nouvelle étape a été franchie dans le conflit rwando-congolais. Il le fallait pour couper court, à tout prix aux désescalades de violences entre les citoyens de deux pays.

Tribune de Gaethan KOMBI

La route de Luanda a été du coup empruntée par les deux chefs d’État et leurs auxiliaires. Ce, sous les auspices du président Joao Lourenço de l’Angola.
Cependant, alors que les signaux positifs sont provenus de ces assises, quelques heures plus tard, la peur de l’échec semble prendre le dessus sur le doute.

Qui est qui?

Au lendemain de la tripartite de Luanda, dans l’habituelle restitution devant la presse, le Vice-premier Ministre et ministre des Affaires étrangères a lâché une indiscrétion non négligeable. À l’en croire, dans un appel téléphonique, « le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni aurait dit clairement à son homologue congolais que, lui et Paul Kagame du Rwanda étaient capables de demander aux M23 de se retirer du territoire de la RDC. »

L’implicite de ce message étant d’affirmer haut et fort que les deux présidents voisins sont bien les parrains des M23. Pour tout corroborer, à la prise de Bunagana, alors que l’Ouganda était de plus en plus pointé du doigt, les rebelles avaient bel et bien pris en témoin le président ougandais en ce sens, « nous n’allons pas fuir, nous sommes congolais dans notre pays. Je ne pense pas que la force régionale vient se battre contre nous.
Le président MUSEVENI connaît notre discipline
, » avait déclaré Willy NGOMA, porte-parole du mouvement. Comme si c’était le chef de l’État ougandais qui avait même formé et programmé les M23.

Des question peuvent cependant se poser: qui est le vrai ennemi de la RDC? Est-ce contre le Rwanda, l’Ouganda ou les M23 qu’il faut faire face?
En tout cas, malgré Luanda, les M23 se disent non concernés de loin ou de prêt par ce vaste cinéma. « Nous ne sommes pas des rwandais ni des angolais.
Nous sommes des congolais, ayant des accords dûment signés avec le gouvernement. Nous ne sommes donc pas concernés par la feuille de route de Luanda
 » ont-il lâchés.
Comme pour confirmer l’expression: « tout ce que vous faites sans moi, pour moi, vous le faites contre moi. »

Kagame se libère de son cache-sexe troué

Il est désormais tout nu! C’était carrément un secret de Polichinelle. Tout Congo le sait depuis des années, le président rwandais y est toujours pour beaucoup dans les multiples incursions des rébellions étrangères à l’Est de la RDC.
Lui seul peut-être ne le reconnaissait pas. Mais, désormais tout est ouvert. Et bizarrement, Paul Kagame s’est souvent menti à lui même.

Sa célèbre phrase, « je ne suis pas intéressé par ce qui se passe au Congo » a été petit à petit remise en cause par ses propres sorties médiatiques « compliquées« . N’avait pas tord Allain ETCHEGOYEN de penser, dans son fameux ouvrage « Démocratie malade du mensonge » que le meilleur mensonge est celui qui fait accroire.

Le président rwandais mentait sur son implication dans les guerres de l’Est, et tout le monde le savait. Il mentait et a fini par se prendre lui-même le pied dans le tapis.
En témoigne son auto-accusation implicite lorsqu’il se mua en auto-défenseur d’une frange de congolais. « Les Congolais d’origine rwandaise et la manière dont cette question a été traitée au Congo ont besoin de plus d’attention.
Il peut être traité. Si vous regardez les droits des personnes, résoudre leur problème est une question simple
« . Surprenant de la part de celui qui ne s’intéressait pas des questions « Congolo-congolaises« 

Si la tripartite de Luanda a abouti par un cessez-le-feu, d’aucuns se posent les questions sur les mesures d’application. Qui peuvent signer et appliquer un cessez-le-feu si ce n’est les belligérants, les parties au conflit? Par nature, cessez-le-feu signifie simplement cessation des hostilités entre deux ou plusieurs parties en conflit.

Paul Kagame est-il autant dupe au point de signer un cessez-le-feu d’un conflit militaire auquel lui et son pays ne sont pas partie prenante? L’expérience et la méticulosité de l’homme fort du Rwanda disent que NON.

FDLR en monnaie d’échange

Les FDLR constituent, depuis la fin du génocide un vrai cauchemar pour le Rwanda. Rien qu’en se persuadant à tort ou à la raison que les génocidaires courent toujours dans la nature, le régime de Kigali mène une vie en garde à vous. « Un récipient qui a contenu du piment, quoique vide, il fait toujours éternuer » dit un proverbe africain.

La mise hors d’état de nuire de la rébellion rwandaise réfugiée en RDC est revenue encore comme préalable d’une cessation d’hostilités entre la RDC et le Rwanda. Il faut s’en débarrasser une fois pour toutes et… les rapatrier chez eux au Rwanda. Par quel mécanisme? Nous nous sommes posé cette question.

Si le fiasco de l’intervention de l’armée rwandaise à la hauteur de 2000 hommes en RDC pour traquer les FDLR hante toujours les esprits au pays de Tshisekedi, l’on ose même plus imaginer une autre démarche de ce genre. La méfiance de plus en plus grandissante des congolais sur l’arrivée sur son sol des militaires étrangers, couplée au climat délétère qui a pris forme entre les deux pays, il est presque inimaginable de refaire ce coup qui avait fait des victimes à son temps, en commençant par Vital Kamerhe alors Président de l’assemblée nationale.

Les agitations des congolais de Goma notamment après l’annonce de la probable arrivée des policiers rwandais il y a quelques mois en sont une autre illustration. Comment, quand et par qui ils (FDLR) seront mis hors d’état de nuire alors ?

L’inquiétude majeure réside au niveau du triage. L’éternelle question, « qui sont les génocidaires? » va de nouveau se poser, parce que, depuis que le Rwanda finance les forces négatives en RDC, que ce soit sous l’AFDL, le RCD, le CNDP ou actuellement le M23, l’objectif caché, et qui est d’ailleurs le principal a toujours été de « détruire les « Interahamwe » afin de protéger les Tutsis congolais » comme a essayé de spécifier le prof Alphonse MAINDO dans son livre « Des conflits locaux à la guerre régionale en Afrique centrale. » Qu’en sera-t-il des « FDLR » qui n’étaient qu’enfant en 1994 et qui n’ont jamais été impliqués dans le génocide ?

C’est à partir de là que naît la théorie de « contre-genocide » nourri par plus d’un, bien que, dans son livre intitulé la Traversée, Patrick De Saint-Exupéry a démontré qu’il n’y a jamais eu de contre-genocide en République Démocratique du Congo et que seuls les Tutsis pouvaient se prévaloir du statut de victime.

La première vraie équation étant d’affubler au Rwanda le statut d’agresseur, la RDC semble avoir réussi son pari, bien que la seconde sera sans doute la plus embarrassante vu qu’il s’agira désormais de freiner définitivement Kigali dans ses ardeurs d’invasion sur le territoire congolais.

Quoiqu’il en soit, le bout du tunnel est loin d’être perceptible.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici